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TFword en conversation avec Shashwat Bulusu à propos de son nouvel album

L’artiste aux multiples facettes Shashwat Bulusu, basé à Baroda, dévoile son premier album « Fitrat », ode malicieuse aux clichés du cinéma indien et à la figure masculine héroïque.

L’artiste aux multiples facettes Shashwat Bulusu, basé à Baroda, a sorti son premier album « Fitrat », une ode malicieuse aux clichés du cinéma indien et à la figure masculine héroïque.

Dans cet article, nous décortiquons cet album multilingue et plongeons également dans l’univers de l’artiste Shashwat Bulusu.

Conçu dans son studio de Baroda après douze années de travail, Shashwat décrit « Fitrat » comme « une méditation sur la masculinité, le mélodrame et les enjeux politiques qui les relient », selon un communiqué de presse. « Il explore la politique des relations et les pulsions toxiques présentes dans le trope du héros masculin de Bollywood. Le son est une virée joyeuse et triste dans la chute du héros. »

Après la sortie le mois dernier du premier single de l’album, « Tanashahi » (dictatorial), le musicien aux multiples talents grave six nouvelles compositions chargées d’émotion, qu’il a lui-même produites, interprétées, mixées et masterisées. Les morceaux d’ouverture, « Ainga » (miroir, reflet) et « Bhula Do » (oublie ça), sont enveloppés de mélancolie, reliés par une production minimaliste et portés par une instrumentation nonchalante. Le second titre intègre également des clics audibles, des cliquetis percussifs et des arrangements de piano lugubres.

Shashwat Bulusu – Bhula Do

Avec ses trente-deux secondes et son thème inquiétant et pensif, « Enter-Mausam » sert d’avant-goût à « Mausam » (saison ou météo), qui s’ouvre sur des guitares acoustiques grattées avec douceur, caressées par la voix bienveillante de Shashwat. Faisant écho à « Tanashahi » dans ses paroles, le single se distingue aussi par des claviers poignants, des lignes de basse sombres et des harmonies vocales affirmées.

« Fitrat », le morceau-titre de l’album, arrive ensuite : une composition douce de singer-songwriter soutenue par des accords de guitare rythmiques et une batterie régulière. « Exit-Mynah » clôt l’album. Des frappes tonitruantes et des textures vocales stellaires, des guitares acoustiques sautillantes et un jeu de frettes précis façonnent la toile sur laquelle se déploie cette ballade, tandis que la mélodie s’achève sur des sonorités oscillantes et nostalgiques.

« L’album est né de la pratique d’écriture que j’ai entreprise en 2021 et 2022, lorsque j’écrivais presque tous les jours. L’album a été réduit à sept chansons parmi les seize produites pendant cette période », a ajouté l’artiste.

Shashwat Bulusu – Tanashahi

Dans nos échanges par e-mail, Shashwat revient sur ses premiers pas dans la musique, la manière dont « Fitrat » est passé du statut d’EP à celui d’album, ses inspirations pour l’écriture et bien plus encore.

« Je voulais jouer de la guitare comme tout le monde et écrire ma propre musique. »

Shashwat a commencé son apprentissage musical à l’âge de quatre ans, avec la musique classique. Il a obtenu son Visharad en tabla et, à seize ans, s’est éloigné des traditions formelles de la musique classique. Avec le recul, l’artiste explique : « Une fois que j’ai pris la guitare et essayé d’écrire des chansons, j’ai décidé de tout apprendre par moi-même. Sans le savoir, ce processus m’a permis de développer une pratique d’écriture qui m’était propre. Elle a pris forme lorsque j’ai écrit Fitrat. »

Poursuivant sur cette approche, Shashwat ajoute : « Ma pratique consiste à écrire tous les jours, à constituer un vocabulaire et une réserve de mots et d’expressions qui trouvent leur chemin dans les chansons. L’excitation de la nouveauté m’a aidé à instaurer une discipline. »

Le chanteur et artiste visuel avait d’abord prévu de sortir « Fitrat » sous la forme d’un EP ; cependant, au moment de le soumettre, il s’est rendu compte qu’il devait le présenter comme un album complet. Il qualifie cette expérience de « véritable apogée » et déclare : « Je pensais garder le sentiment de sortir un premier album pour quelques années plus tard, mais ce changement en a fait une surprise, ce qui était très excitant. Pour moi, cette sortie m’a surtout donné la confiance nécessaire pour publier un ensemble cohérent. C’est la preuve que je peux écrire un corpus de chansons cohérent dont je suis satisfait. »

Artwork titrée en anglais, en hindi et en ourdou, comme on peut le voir dans les paroles de l’album

Shashwat nous a ramenés aux fondations de son album, détaillant quelques chansons, leurs thèmes et la manière dont elles ont été écrites, en s’inspirant des traits typiques du cinéma d’action de Bollywood et du cinéma télougou qu’il regardait pendant l’écriture. Shashwat a remarqué des « rythmes très similaires, qui reposaient sur les mêmes tropes, en prenant à tort la fausse bravade et la violence pour de la masculinité ». Dans ces films, les héros ou protagonistes réagissaient souvent aux circonstances uniquement par des émotions extrêmes ; à juste titre, Shashwat qualifie cette rhétorique de « très mélodramatique ».

« J’essaie de parler du complexe du sauveur que les personnes privilégiées comme moi entretiennent, et de la manière dont il se manifeste réellement lorsqu’on l’observe à distance. »

À ce sujet, il explique : « Dans ce processus, j’ai compris que, dans le monde réel, nous, les hommes, sommes souvent mélodramatiques, même si ce trait ne nous est pas associé. La dimension politique vient de la coercition qui s’exerce dans les relations interpersonnelles et de la manière dont elle crée une dynamique de pouvoir déséquilibrée. »

En revenant sur certaines des musiques produites, Shashwat explique : « “Mausam” parle de la colère. Le héros de pulp fiction exprime toujours sa colère vers l’extérieur, souvent par la violence. Toute la chanson est une sorte de cri de guerre : ce héros fictif va apporter la douleur au monde dans sa quête de vengeance. Dans “Fitrat”, il fait face à toute la destruction qui suit notre héros. “Exit-Mynah” est un épilogue. C’est l’histoire d’un homme qui sauve une mainate blessée et la met en cage. En échange des soins qu’il lui prodigue, l’homme lui demande simplement de chanter une chanson avant qu’elle ne s’envole. »

Shashwat Bulusu – Raani

Éloigné d’un label et portant plusieurs casquettes sur cet album, Shashwat a conservé les mêmes méthodes d’écriture et de production, tout en notant que le processus de création de l’album et sa manière de le présenter à chacun avaient changé.

« L’absence d’équipe vous jette dans le grand bain », reconnaît le musicien. « Je me suis concentré sur la communication autour de l’album et de ses thèmes à l’échelle locale. Ma communication s’est également tournée vers les villes de deuxième et de troisième rang afin de rendre la musique plus accessible. »

Les derniers mois de l’année verront Shashwat Bulusu sillonner le pays avec sa production théâtrale solo « Exit-Mynah », avant une tournée de l’album avec son groupe au début de l’année prochaine. Shashwat est également occupé à composer la musique d’un film réalisé par Vasudha Rungta.

« Fitrat » de Shashwat Bulusu est actuellement disponible sur toutes les plateformes musicales

Retrouvez Shashwat Bulusu : Instagram | Spotify | Apple Music | Bandcamp

Toutes les images sont publiées avec l’aimable autorisation de l’artiste

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