TF Impressions : As You Are, l’application sociale LGBTQ+ indienne
As You Are est une application sociale et de rencontres LGBTQIA+ indienne lancée en 2020. Présentée comme la seule application sociale indienne pour les personnes LGBTQIA+, elle offre un espace sûr à la communauté.
As You Are est une application sociale et de rencontres LGBTQIA+ indienne lancée en 2020.
Présentée comme « la seule application sociale indienne pour les personnes LGBTQIA+ », As You Are propose une multitude d’options au sein de son application pour l’ensemble de la communauté. Elle a été créée dans le but d’offrir un espace sûr aux personnes LGBTQIA+ en Inde, où appartenir à la communauté reste encore largement mal vu. As You Are, ou AYA, comble le fossé entre une application de rencontres et une plateforme permettant de partager collectivement ses expériences dans des discussions de groupe ou au sein de sa communauté intégrée.
Nous avons échangé avec Sunali Aggarwal, directrice générale d’As You Are, au cours d’une conversation sans détour pour parler du parcours d’AYA depuis sa création, de la sécurité de ses utilisateurs, de la pérennité de l’application et de bien d’autres sujets !
TFword : Lors d’un premier entretien avec The Indian Express, « As You Are » semblait se concentrer uniquement sur les rencontres. Mais lors de l’un de vos récents lives Instagram, il était évident que la plateforme était désormais bien plus qu’une application de rencontres et fonctionnait comme une communauté et un espace sûr où les personnes LGBTQIA+ peuvent échanger avec des personnes partageant leurs affinités. Vous l’avez décrite comme « un écosystème en constante évolution où les gens peuvent partager leurs expériences ». Comment cette transformation s’est-elle opérée ?
SUNALI : Au fil du temps, nous avons étudié le comportement de nos utilisateurs, données à l’appui. Beaucoup de personnes LGBTQ ne sont pas visibles. Les rencontres ne sont pas quelque chose avec quoi tout le monde est à l’aise. L’idée même d’une rencontre en tête-à-tête met beaucoup de pression. Les gens hésitaient à discuter entre eux sur notre application. Nous avons donc décidé de rejoindre les personnes là où elles se trouvent dans leur parcours. En tant que personne LGBTQ, on traverse un parcours de vie. On cache son orientation ou son identité, on en parle à quelques personnes, puis cela devient progressivement normal pour soi aussi. Très peu de gens parviennent à traverser tout ce processus. Nous voulons permettre aux personnes qui ne sont pas encore visibles de s’exprimer et de poser des questions.
L’idée générale selon laquelle la communauté LGBTQ est bruyante et pleine de vie… cela ne concerne qu’une infime minorité. Ces personnes sont visibles et revendicatives parce qu’elles ont déjà traversé ce parcours. Il est difficile de dire qu’une seule chose peut convenir à tout le monde. Nous devions développer davantage de solutions technologiques pour rejoindre les gens là où ils se trouvent et créer une communauté.
Il y a une autre raison de créer cette communauté. Auparavant, les utilisateurs ne pouvaient pas interagir avec le fil de l’application, où nous publiions des articles à lire. D’après les chiffres, la plupart des personnes inscrites lisaient au moins trois ou quatre articles. Les gens voulaient consulter nos contenus. Ils voulaient en savoir plus sur la vie LGBTQ et en parler. Nous élargissons donc notre projet pour devenir une plateforme sociale plutôt qu’une simple application de rencontres.
https://www.instagram.com/p/CYnWBRyvcxN/
Combien de temps vous a-t-il fallu pour lancer As You Are auprès du public, et comment le projet a-t-il évolué depuis ?
J’ai commencé As You Are au début de 2019, mais pas à temps plein, puisque je dirigeais déjà mon autre start-up. Nous avons mené le travail de recherche nécessaire à une start-up. Cela nous a permis de comprendre qu’il y avait un espace où nous pouvions avoir un impact. Nous avons consacré un an à la recherche, aux tests et à la preuve de concept, puis As You Are est sortie pendant le premier confinement.
L’évolution a été constante et encourageante. Beaucoup de gens nous écrivent, ce qui est une très bonne chose, même lorsque leurs retours ne correspondent pas à ce que nous avons fait. Leur volonté de nous faire part de leurs commentaires m’est très précieuse. D’une certaine manière, j’ai le sentiment qu’ils veulent nous voir réussir. Nous prenons cela très au sérieux.
Comment protégez-vous la vie privée et la sécurité des personnes présentes sur votre application ? C’est forcément une préoccupation majeure, puisque la plupart des personnes LGBTQIA+ ne sont pas visibles et recherchent une confidentialité absolue.
Sur l’application, nous avons deux types de profils : vérifiés et non vérifiés. Les profils non vérifiés ne peuvent pas voir les profils vérifiés, tandis que les profils vérifiés peuvent voir tout le monde. Les profils non vérifiés doivent passer par un processus de vérification pour discuter ou interagir avec d’autres profils vérifiés.
Lorsqu’un utilisateur demande à être vérifié, nous procédons manuellement. Nous examinons les selfies et leur authenticité selon nos directives, ainsi que leurs données. Nous étudions l’ensemble et acceptons ou refusons le profil. Vous serez heureux d’apprendre que nous avons refusé plus de 6 000 profils jusqu’à présent. Nous avons réussi à bloquer beaucoup de spams. Notre équipe travaille du matin au soir uniquement pour vérifier les profils.
A-t-il été difficile de percer avec une application LGBTQIA+ en Inde ?
Oui, absolument. Je pense que c’est dû aux idées préconçues que les gens avaient et ont encore. Les personnes LGBTQ ont, à juste titre, des préoccupations en matière de sécurité et de vie privée. Il arrive que des gens se fassent escroquer sur des applications de rencontres. Cette peur reste dans un coin de leur tête lorsqu’ils rejoignent une autre application de rencontres. Je pense que c’est une préoccupation majeure.
Percer sur le marché est un défi. Nous essayons encore d’attirer davantage de monde. Mais la communauté et la fonction de discussion de groupe ont, d’une certaine manière, décollé. Dans une discussion de groupe, on rencontre des gens en groupe, et non en tête-à-tête. Il n’y a aucune possibilité de se faire escroquer, car si quelqu’un publie quelque chose de répréhensible, nous le bloquons tout simplement.

Sunali Aggarwal, directrice générale d’As You Are
Votre campagne marketing pour trouver « The Face » d’As You Are était partout sur Instagram. Pouvez-vous nous parler de la préparation, de la réalisation et des résultats de cette campagne ?
Nous avons trouvé des visages vraiment géniaux, et nous en cherchons encore. J’ai été très heureuse de voir la diversité au sein de la communauté et le type de profils que nous avons reçus. Nous en voulons encore davantage, bien sûr.
Lorsque nous cherchons des images en ligne, nous ne trouvons pas le type de diversité dont nous avons besoin. Pour une application indienne, nous cherchions des visages indiens. Nous avons décidé d’organiser une séance photo et de prendre quelques clichés. Mais j’ai trouvé le résultat très artificiel. J’ai proposé de récupérer des photos de notre propre public et d’essayer de les assembler. C’est ainsi que la campagne est née.
La page Instagram d’As You Are ne sert pas uniquement à faire la promotion de l’application. Elle rassemble toutes les informations liées à la communauté LGBTQIA+. Quelle est la motivation derrière cette démarche ?
Nous avons toujours utilisé Instagram pour sensibiliser. Avant de demander aux gens de télécharger une application de rencontres, ils doivent comprendre qui vous êtes et quelle est votre mission. C’est ce que nous voulions faire avec Instagram. Nous essayons de rassembler les gens, d’informer la communauté, puis nous leur laissons le choix de télécharger ou non l’application.
Des plateformes LGBTQIA+ ont vu le jour en Inde, mais au fil du temps l’engouement s’est essoufflé et les utilisateurs les ont délaissées pour rejoindre les grandes plateformes de rencontres. En quoi As You Are se distingue-t-elle dans ce contexte ?
Je pense que tout est une question d’intention. Nous n’avons pas le choix : nous devons en faire un succès. La communauté en a besoin. Nous avons besoin de notre propre espace, d’un espace indien, plus sensible aux enjeux LGBTQ indiens. Même si j’ai commencé par un projet rudimentaire visant simplement à faire se rencontrer les gens, en apprenant à connaître la communauté, en échangeant avec elle et en me familiarisant avec ses réalités, j’ai compris que cela ne pouvait pas être uniquement une application de rencontres. Il fallait que ce soit quelque chose de plus grand. Nous avons essayé de créer un écosystème, et c’est ce qui nous fait avancer. Beaucoup de personnes qui nous ont financés partagent notre intention et notre mission. Ce ne sera pas une application de plus.
Quels sont les projets d’avenir pour As You Are ?
Nous voulons en faire un écosystème. Il ne s’agira pas seulement de rencontrer des gens, mais aussi de répondre à vos besoins en matière de mode de vie et d’autonomie. Récemment, nous avons beaucoup parlé d’indépendance financière. Nous avons compris qu’il y avait beaucoup à faire pour aider les gens et leur permettre de progresser. L’objectif principal est de savoir « comment rendre la communauté plus indépendante financièrement ». Je pense que c’est l’un des axes que nous développerons à l’avenir, et pas dans un avenir lointain. C’est quelque chose que nous avons prévu pour cette année même, afin de donner davantage de moyens à la communauté.
L’entretien a été remanié et condensé pour plus de clarté.
Retrouvez « As You Are » en ligne – Instagram | Facebook | Twitter
Téléchargez l’application « As You Are » sur le Play Store – ICI
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Image à la une : As You Are.