La guerre chaotique des fusées en Grèce pour Pâques
Sur l’île grecque de Chios, deux églises orthodoxes distantes de 400 mètres célèbrent la résurrection du Christ par une véritable « guerre des fusées ».
L’île grecque de Chios célèbre d’une manière pour le moins inhabituelle la résurrection de Jésus-Christ à Pâques. Deux églises orthodoxes, distantes de 400 mètres et installées sur deux collines opposées, se livrent littéralement à une « guerre des fusées ». Vrontados, une petite ville côtière située dans l’est de l’île grecque de Chios, adopte une approche quelque peu différente des festivités pascales.
Les habitants des églises Angios Marcos et Panaghia Ereithiani tirent des milliers de pétards en direction de l’église rivale, perpétuant une tradition vieille de plusieurs centaines d’années. Appelée localement « Rouketopolemos », ce qui signifie « guerre des fusées », cette célébration chaotique attire de nombreux touristes qui y prennent part.
La ville n’a pas connu de Pâques sans explosions depuis plus d’un siècle, à l’époque où la Grèce était sous domination ottomane. À l’origine, les paroissiens des églises Angios Marcos et Panaghia Ereithiani utilisaient de véritables canons, jusqu’en 1889. Face au tumulte et au danger potentiel liés aux tirs de canons, les Ottomans mirent fin à cette tradition des « canons ». Les habitants de Vrontados commencèrent alors à fabriquer des fusées artisanales afin de poursuivre cette « guerre sans effusion de sang ».
Le calme avant la tempête
Aussi stimulantes que puissent paraître les festivités, les préparatifs du Rouketopolemos commencent au moins trois à quatre mois avant Pâques.

Image tirée du Greek Herald.
Dans un entretien avec le Greek Herald, un habitant a déclaré : « les préparatifs commencent après Noël et il faut trois à quatre mois pour être prêt ». Environ 200 personnes des deux paroisses sont réparties en 40 groupes. Chaque groupe s’occupe de tâches précises : surveiller les moules, les matériaux et l’assemblage des fusées. La poudre explosive artisanale, composée de charbon, de soufre et de nitro, est introduite dans des cylindres en papier. Une fois remplies, les fusées sont installées sur des bases en bois, prêtes à être lancées.
Après l’office de prière pascal de minuit, habitants et touristes lancent ces fusées dans une véritable frénésie ! Le but est d’atteindre le clocher de l’église rivale sans blesser personne. Pendant les festivités, les églises et les bâtiments voisins sont protégés par des plaques métalliques et des grillages. Malgré cette tradition vieille d’un siècle, aucun critère clair ne permet de désigner un vainqueur. Les impacts sur le clocher sont comptabilisés le lendemain. Pourtant, chaque paroisse se proclame gagnante. Le désaccord est reporté sur le Rouketopolemos de l’année suivante, rendant la guerre perpétuelle.
Le Rouketopolemos aujourd’hui
À ses débuts, chaque église tirait 80 000 fusées, à raison de 5 000 fusées toutes les 15 minutes. Au fil du temps, la participation des habitants aux célébrations du Rouketopolemos a diminué. La ville ne tire désormais plus guère que 3 000 fusées par paroisse.

Image tirée du Greek Herald.
Cette baisse des réjouissances est due aux nombreuses plaintes déposées par les habitants de la ville. « Il y a eu beaucoup de problèmes et de plaintes de la part des résidents, et nous nous sommes retrouvés à de nombreuses reprises devant les tribunaux », a déclaré un habitant de Vrontados. Les riverains se plaignent du bruit extrême et des dégâts causés à leurs biens par la guerre des fusées. En 2016, le Rouketopolemos a été annulé à la suite d’une plainte.
« Après les développements judiciaires et le bruit de ces derniers jours sur fond de guerre des fusées, une réunion des “tireurs de fusées” s’est tenue hier à Vrontados. Il a été décidé de ne pas lancer de fusées cette année », indiquait un communiqué publié par les paroisses au sujet de la plainte.
Le coronavirus a également perturbé les festivités l’année dernière. En raison des mesures sanitaires, les tirs ont été déplacés vers un terrain inoccupé plutôt que dans les églises.
Cet article fait partie de la série Where In The World de TFword. Retrouvez ci-dessous l’article précédent de la série !
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Image à la une via CNN.